Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/106

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V


16 avril, midi.

« Je ne crois pas que l’on se soit moqué de moi, mais quel homme singulier que cet écrivain !…

« À sept heures, j’avais pris au Carrousel l’omnibus de Sèvres et je m’étais fait arrêter à l’arcade de Ville-d’Avray.

« J’ai trouvé sans peine la maison. Elle est située à mi-côte d’une colline, sous un parc, en plein midi, devant une admirable vue. Partout des bois, des forêts, des vallons. La brume du matin était si fraîche et si douce autour de moi que je me sentais pleine de vaillance et décidée à être forte lorsque j’ai sonné à la grille.

« Un domestique m’ouvre.

« — Monsieur de Balzac ?

« — Monsieur vient de se coucher.

— Il est souffrant ?

« — Non, madame. Monsieur se couche tous les jours vers huit heures du matin. Monsieur travaille la nuit.

« Vraiment, je ne crois pas qu’il se soit moqué de moi… À Paris, on ne voit guère d’existences normales… Tous les Français sont de tels originaux.

« — Madame peut revenir à six heures du soir, m’a dit le domestique, si Madame tient à voir Monsieur.

« Je reviendrai donc, mais cette journée d’at-