Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/107

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tente me fait mal aux nerfs et m’enlève toute mon énergie. Maintenant, j’ai peur, je suis épuisée d’impatience et d’appréhensions. »


VI


16 avril, soir.

« Si cette journée n’est pas un rêve, j’en resterai folle ou j’en mourrai. Je ne comprends pas moi-même comment j’ai le courage d’en écrire le récit après l’avoir vécue ; mais il n’importe, j’écris machinalement, sans voir, dans un bourdonnement cérébral qui emporte ma raison.

« Je suis entrée chez cet homme à six heures, je crois… je ne sais plus… Ah ! pourquoi Mina m’a-t-elle fait lire ces pages que peut-être j’eusse ignorées ! Pourquoi le destin s’acharne-t-il sur ma tête ! Ah ! pauvre moi ! pauvre moi !

« Le domestique m’avait demandé qui annoncer. J’ai donné mon nom ; j’espérais qu’ainsi M. de Balzac saurait tout de suite quel était l’objet de ma démarche.

« Pendant cinq minutes je suis restée seule dans une antichambre qui n’avait pas de sièges. Les quatre murs en étaient blancs, et sur le plâtre on avait écrit au charbon : Ici une fresque par Delacroix… Ici un bas-relief de Rude… Ici une tapisserie des Gobelins… Je ne sais quoi encore…