Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/114

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VIII


18 avril.

« Ainsi je suis une de ces femmes… Mon Dieu ! je ne m’en doutais guère. Je ne voyais pas la vérité ; mais quelle folie de la nier ; quelle folie ! Ma sensation intervient pour corroborer le témoignage. Je ne suis pas physiquement pure ; ma chasteté n’est qu’intellectuelle, j’ai les sens impérieux d’une courtisane, mon corps est brûlé d’un feu intérieur. Comment le nier, hélas ! et toutes mes faiblesses ! et toutes les faiblesses de ma volonté ! »


IX


19 avril.

« Ce soir je suis sortie pour accomplir mon destin ; mais quelle étrange métamorphose est la mienne ! J’ai totalement oublié mes habitudes premières. La seule pensée d’y revenir m’effarouche et la timidité m’étrangle au moment d’articuler un mot.

« Un inconnu que j’ai osé aborder m’a prise sans doute pour une mendiante, car il m’a jeté cinquante centimes et ne m’a pas invitée à le suivre. Peut-être n’ai-je pas le costume… Peut-être aussi n’ai-je pas la voix. »

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