Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/118

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comme des lèvres qui murmurent : « Va, maintenant, je sais qui tu es. »

Il confessait tout Paris. Les dames le choisissaient en foule pour directeur de leurs consciences toujours justement alarmées. On le savait assez homme du monde pour ne pas envoyer à Rome une pénitente paisiblement relapse dans un adultère de tout repos ; et cependant son indulgence était assez mesurée pour qu’en se jetant à ses pieds nul repentir même éphémère n’eût la certitude absolue d’être pardonné à l’avance. Quand les dames consentent à pécher, on serait mal venu de leur dire que leur faute n’existe point :

Eh bien ! lorsque l’abbé de Couézy en visite quittait le canapé du salon pour le fauteuil de cuir du fumoir brumeux, lorsqu’il se glissait avec discrétion au milieu des causeries entre hommes, il arrivait que sa présence transformait aussitôt la forme des discours sans en altérer le fond, sinon par réticence. On le prenait volontiers pour informateur, encore qu’il se refusât avec indignation à jouer ce rôle. Les habiles, tentant d’obtenir ses confidences en les faisant dévier insensiblement du général au particulier, débutaient par cette phrase ou quelque autre semblable :

— Vous, monsieur l’abbé, vous qui connaissez notre époque mieux que personne, qu’est-ce que vous pensez des mœurs ?

Et lui, en agitant les mains :