Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/119

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— Que me demandez-vous là ! s’écriait-il. Mais je ne puis rien dire ! Je ne puis rien dire ! Nous ne devons retenir de chaque confession que l’expérience nécessaire à bien entendre les autres et à acquérir par là un esprit juste, ou plutôt encore judicieux à l’égard des cas difficiles. Mais s’il nous est défendu de révéler une confession, même anonyme, à plus forte raison ne devons-nous pas exposer le sommaire de tous les aveux, en tirer la quintessence et l’offrir aux curiosités sous prétexte de philosophie.

Le jour où je l’entendis prononcer cette phrase, quelqu’un en releva le dernier mot :

— Si cette philosophie était salutaire ?

— Elle ne peut être que funeste, monsieur, comme toute morale qui s’appuie sur la description de la faute à éviter. L’homme n’est complètement démoralisé que dans les pays qui souffrent d’une surabondance de moralistes. Constater l’extension d’un vice avec le dessein d’en inspirer l’horreur, c’est d’abord oublier que l’auditeur retient l’exemple donné, lequel lui servira d’excuse s’il tombe dans le même égarement. Aussi je me garderai bien de vous dire ce que je sais des mœurs de mon temps, car les vôtres en deviendraient pires et j’en serais plus affligé que vous.

Nous convînmes avec modestie que l’abbé de Couézy parlait d’or. Pourtant la même voix insista :

— Tout le monde n’a pas votre réserve, mon-