Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/120

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sieur l’abbé. J’ai rencontré dernièrement un prêtre qui a été deux ans vicaire tout près d’ici, à Sainte-Clotilde. Il est épouvanté de ce qu’il a entendu pendant ses deux années de confession au faubourg. Épouvanté. Il ne s’en cache pas. Adultères partout, séduction des jeunes filles, avortements, infanticides, empoisonnement du père ou de l’époux… il se passe des choses effroyables au sein des familles, et personne ne le sait, hors le confessionnal. Tout scandale qui germe est écrasé dans l’œuf. D’autres sont admis, reçus, imposés s’il le faut. On voit se multiplier partout, comme une peste, un vice presque inconnu autrefois des hautes classes… Vous savez lequel, monsieur l’abbé ?

— Oh ! il y en a beaucoup, fit doucement l’abbé de Couézy. Je ne saurais trop celui que vous voulez désigner.

— L’inceste, mais oui, tout simplement. Qui de nous a jamais entendu parler d’inceste il y a vingt ans ? Dans ma jeunesse, on ne connaissait cela que par la Bible. Un homme qui aurait mis à mal sa sœur ou sa fille eût été tenu pour fou et enfermé comme tel puisque le Code pénal ne prévoit pas le cas. Et voici qu’aujourd’hui c’est la faute à la mode. On n’entend plus que cela au confessionnal, si mes renseignements sont bons. Le premier amant, c’est le frère. Nous revenons aux Ptolémées. Le frère initie, déniaise, pervertit, séduit, est aimé. Si d’aventure il n’y a que des