Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/122

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ceci : le confessionnal n’est un lieu mystérieux et redoutable que pour les paroissiens qui s’en tiennent éloignés. Les fidèles qui, tous les samedis, viennent s’agenouiller sur son petit banc finissent par y acquérir une familiarité dont vous ne vous doutez point. Nous les rassurons, cela est indispensable ; sans nos encouragements nous ne saurions jamais rien ; mais il arrive assez souvent que notre affabilité dépasse le but ; et vous allez savoir comment.

L’abbé de Couézy baissa la voix :

— À onze ans, les jeunes filles viennent à nous. Elles confessent d’abord leurs petits péchés : colère, gourmandise ou paresse ; puis, tout à coup, vers treize ou quatorze ans, elles parviennent à l’âge d’un péché nouveau dont l’aveu leur cause une honte extrême. Quelques-unes ne peuvent jamais se résoudre à nous en parler. Alors, comme d’une part il n’y a pas d’exemple qu’aucune d’elles s’en soit corrigée avant son mariage ; comme d’autre part, elles comprennent vite qu’une absolution imméritée les met dans un état d’impénitence plus grave que l’impénitence simple, elles luttent pendant un an ou deux, et désertent le confessionnal : celles-là sont perdues pour l’Église… Tout à l’opposé, nous voyons des jeunes filles s’enhardir avec une aisance qui nous confond. Au début ce n’est pas impudeur de leur part, loin de là ; c’est piété, humilité, soumission, mortifica-