Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/134

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— Il est trop tard, ma petite…

Un homme d’une quarantaine d’années, chauve, élégant et obséquieux venait d’ouvrir la portière, et saluait :

Armande poussa un cri :

— Monsieur, tuez-moi ! tuez-moi ! — et naïvement elle ajouta : mais ne m’approchez point !

— Mademoiselle, fit l’inconnu, je ne vous approcherai en aucune façon, mais veuillez me suivre, le temps presse. Il est inutile de crier : la maison est seule au milieu des bois.

Madeleine descendit la première. Armande suivit mais si défaillante qu’elle manqua le marchepied. On la soutint. Un léger clair de lune qui venait d’apparaître argenta les sorties de bal, les deux profils livides, les cheveux très coiffés. Elles entrèrent par le perron.

Toute la maison était éclairée. L’inconnu, précédant ses victimes, traversa un vestibule dallé, deux salons et une petite pièce. Il chemina dans un corridor qui paraissait faire tout le tour du château et qui déroutait les orientations. Enfin il ouvrit une dernière porte, fit passer devant lui les deux jeunes femmes et les enferma sans les accompagner.

Dans la pièce où elles pénétrèrent, une vieille personne était debout, qui salua, elle aussi, tout de noir vêtue.

— Madame… Mademoiselle…