Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/136

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server le jeûne pendant le carême sans réclamer aucune dispense, et fit vœu, si elle se mariait, de ne pas tromper son mari pendant toute la première année, jusqu’au trois cent soixante-cinquième jour, qu’elles que fussent les circonstances…

Le temps passait. La pendule de la chambre sonna quatre heures du matin.

Tordue sur son canapé, Madeleine agitait ses bras raidis et donnait des coups de poing au dossier du meuble.

— J’en ai assez !! J’en ai assez ! cria-t-elle. C’est horrible, cette attente ! Je serai morte de peur quand ils arriveront !… On ne torture pas ainsi deux malheureuses femmes !… Mais qu’est-ce que ces monstres veulent donc faire de nous ?… Pourquoi ne viennent-ils pas ? Pourquoi ne viennent-ils pas ?…

Et puis un accès de tendresse les jeta dans les bras l’une de l’autre.

— Ma chérie ! mon Armande, ma petite Armande ! Ma petite sœur aimée !… ne crains rien, mon amour, je te défendrai, va !… Moi, cela n’a pas d’importance… mais, toi, je ne veux pas qu’ils te touchent, et ils ne te toucheront pas… je te couvrirai de mon corps…

Un pas sonna dans le couloir sourd.

— Seigneur ! mon Dieu ! Les voici !