Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/137

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



III


La clef entra dans la serrure avec un bruit si déchirant qu’Armande poussa un cri d’angoisse comme si cela se passait déjà dans sa petite virginité.

La porte ouverte, cependant, on ne vit dans l’entre-bâillement que la vieille dame portant sur le bras les deux robes.

Les jeunes femmes s’étaient reculées jusqu’à l’extrémité de la pièce.

— Madame… Mademoiselle… dit la voix sèche… veuillez me permettre de vous rhabiller.

— Hein ? fit Madeleine… mais je… mais alors…

La septuagénaire ne s’arrêta point à des stupéfactions qui vraisemblablement ne l’étonnaient pas elle-même. Merveilleusement experte à fermer les agrafes, comme elle s’était montrée apte à les défaire, elle remit les deux robes où elle les avait prises, évasa le décolletage, aéra les dentelles, allongea les plis des jupes et sortit avec un salut.

À sa place, l’inconnu rentra.

Il était en habit, le front découvert et les mains gantées… peut-être un peu plus semblable à un maître d’hôtel qu’à un homme du monde ; mais la différence est parfois si faible ! disons qu’il avait l’aspect d’un conférencier mondain.

— Mesdames, dit-il posément, j’avais d’abord