Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/138

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


eu dessein de vous faire reconduire chez vous avec mes excuses laconiques, sans donner d’autre explication aux mystères de votre enlèvement. Mais la curiosité féminine est un élément avec lequel nul ne saurait trop compter. Si je ne vous dis point mon secret, vous chercherez à l’apprendre et en vous perdant vous me perdrez moi-même. J’ai donc intérêt à vous le dire pour que vous vous en teniez là.

Il ferma les yeux, les rouvrit, et continua en souriant :

— Vous avez cette nuit, sur vous, les deux plus jolies robes de Paris…

— Hélas ! fit Madeleine les mains sur le front, c’était donc pour cela !

— L’une de mes clientes, une jeune étrangère, a vu ces deux robes lundi à l’Opéra. Elle a voulu les mêmes à n’importe quel prix. J’aurais pu, cela va sans dire, copier leur forme extérieure et ce qui fait leur élégance propre, sans le secours d’aucun stratagème, car le coup d’œil d’un couturier photographie un corsage avec la sûreté d’un objectif ; mais vos robes sont couvertes par deux dessins de broderie dont la fantaisie est absolument déconcertante, même pour un ornemaniste. On ne pouvait imiter cela qu’à la condition de tenir la jupe et le corsage étalés, sans plis, sur une table de coupeur. Il fallait donc, mesdames, que je me les procurasse.