Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/139

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Il prit une chaise par le dossier, la pencha vers lui et reprit :

— Le plus simple était de les demander à votre femme de chambre, en la payant convenablement. J’y ai certes pensé ; mais, par malheur pour moi, cette fille est stupide. En cas de découverte, de plainte et de procès (il faut tout prévoir), elle n’eût jamais résisté à cinq minutes d’interrogatoire devant un juge d’instruction. Servi par elle, j’étais pris avec elle, et c’était une triste fin pour un artiste de mon rang. J’ai mieux aimé jouer le tout pour le tout et faire enlever les robes avec ce qu’elles contenaient. Cela, du moins, était digne de moi.

Les deux sœurs, hébétées devant cette audace, se regardèrent sans dire un mot.


— J’ai donc acheté votre chauffeur et je l’ai remplacé par le mien. L’échange s’est fait dans l’encombrement de la rue Auber pendant un arrêt prévu qui se produit toujours aux sorties du théâtre. Le même dévoué serviteur (c’est du mien que je parle ici) va vous reconduire à votre hôtel. Deux dames peuvent très bien revenir du bal à six heures du matin sans étonner personne. Vous ne serez donc pas compromises. D’autre part, votre intérêt le plus élémentaire est de garder un silence absolu sur cette histoire ; car je n’ai pas besoin de vous dire que, si vous la