Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/15

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Tenant toujours son bouquet, il se pencha au dehors de l’étroite fenêtre et considéra la fenêtre voisine qui était celle de Marie-Anne, puis l’abîme à ses pieds.



Rouen dormait sous une mer de clarté, plus pâle mais aussi pure que le firmament de la nuit. Une ombre immense et toute noire projetait sur la ville profonde le dessin inégal de la basilique. Alentour, la lune éclairait des maisons pressées, des fenêtres petites comme des bijoux, des toits étincelants comme des châsses, et des girouettes de cuivre comme des aiguilles d’or.

Pas un passant sur la place.

Pas d’autres lumières que celles du ciel.

Partout l’immobilité, le silence et le sommeil.

Doucement, avec autant de calme que s’il eût enjambé des pierres plates posées sur le gué d’un ruisseau, Alain sortit de sa fenêtre élevée de cent vingt pieds au-dessus du parvis ; il marcha sans hâte et sans crainte sur les sculptures saillantes et sur les corniches, la main gauche le long de la paroi, les trois fleurs dans la main droite. Il ne redoutait pas d’être vu. Tout dormait dans l’église comme dans la cité. Et l’abîme ne l’effrayait point parce que tout avait disparu devant ses yeux, hors la fenêtre aimée à quelques pas de lui.