Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/154

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la volonté forcenée du corps, jamais ceux-là n’ont connu la douleur ! — Et je luttais ainsi pour une ombre, et je sais maintenant que je luttais contre Dieu ! — Plus tard, je me suis marié, monsieur, mais marié envers le monde. Cette femme et moi nous nous étions juré de ne laisser s’unir que nos âmes, afin de les conserver, pensions-nous, supérieures. C’est de la sorte que peu à peu je me suis damné par ma faute en mentant chaque jour à la loi de la vie ; et désormais il n’est plus temps pour moi de suivre le droit chemin de ma jeunesse perdue. Je suis vierge. Ah ! malheur aux vierges ! car l’amour qu’ils ont repoussé pendant leur existence brève les suppliciera justement dans l’infini des peines futures !



Il me saisit le bras :

— Écoutez !… le soleil descend… Voici l’heure… Tous les soirs je viens ici et doucement la Déesse chante… Elle m’appelle de loin… elle m’attire… Je viens comme au jour de ma mort, comme au jour de ma chute dans la Venushœhle… Ah ! ne dites pas un mot. Elle va nous parler.

Je ne sais si le calme de ces dernières paroles, ou l’expression de cet homme, ou le serrement de sa main me persuadèrent qu’il disait vrai, — mais un frisson brusque m’enveloppa et je prêtai l’oreille.