Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/187

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— Monstre ! c’est à mon enfant, ce lait que tu bois !

Elle se dégagea et prit l’homme à la gorge ; mais, en un instant, elle fut domptée.

— Hé ! hé ! dit-il. Je t’avais prévenue qu’on ne pouvait pas tuer un mort. Au contraire tu vas voir comme il est facile de faire mourir une femme vivante… Ha ! ha ! Non ! ne crie pas. Je ne te tuerai point. C’est un jeu, c’est une fête. Donne-moi ton bandeau.

Il arracha, en effet, le bandeau de la longue chevelure qui tomba silencieusement, et saisissant en arrière les deux poignets de Néphélis, il les garrotta fortement sur les reins.

La jeune femme claquait des dents. Encore une fois, elle aurait voulu crier, mais un dernier espoir la soutenait… La porte du jardin n’était pas bien fermée… Il allait venir, l’amant, le sauveur ; il la délivrerait… Ah ! comme elle l’attendait ! Dans quel élan désespéré toutes les énergies de son désir faisaient-elles effort vers lui !

Cependant le fou avait dénoué la ceinture et détaché sur l’épaule droite l’agrafe de la boucle d’argent. Le vêtement s’affaissa. En vain, Néphélis serrait les genoux. L’homme arracha la robe, et empoignant l’infortunée par le milieu du corps, il la jeta de loin sur le lit où elle tomba en gémissant.

Une bouffée de parfums monta de la couche remuée.