Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/194

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avoir une autre cause. Il prit sa petite sœur dans ses bras, et quand sa propre émotion lui permit d’articuler deux mots, il lui dit à l’oreille :

— Et Jean ?

Alors les sanglots redoublèrent.

— Mon petit Jeannot, mon petit Jean, pleurait-elle ; mon beau petit Jean !

— Voyons, raconte-moi, Berthe, il faut dire tout, maintenant ; depuis quand vous connaissez-vous ?

— Depuis le 14 de l’autre mois.

— Où est-ce que tu l’as rencontré ?

— Boulevard Montparnasse.

— Comment ça ?

— Sur un banc.

Et, de question en question, il parvint à savoir, mais lentement et à grand effort, tout le secret de cette pauvre petite existence qui voulait déjà s’anéantir.


« Jean » était un ouvrier de seize ans, à peine sorti de l’apprentissage et bon ouvrier, autant qu’on pouvait croire celle qui parlait de lui. (Il avait toutes les qualités.) Lui et elle s’étaient rencontrés par un de ces hasards de Paris, qui, parmi trois millions d’hommes, réunissent deux amoureux. Il l’avait trouvée gentille, elle était devenue folle de lui et tout de suite ils étaient montés jusqu’à ces grandes passions sentimentales qui trans-