Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/196

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nutes, et, à chaque coup, sa mère lui criait un des innombrables mots qui désignent les prostituées, ou une des phrases qui expriment le plus crûment l’emploi de leur temps. À dater de là, elle alla chaque soir prendre sa fille à l’atelier, quitte à lui reprocher le long de la route l’heure que cela lui faisait perdre ; et ce fut, entre Berthe et Jean, la séparation brutale.


Julien écoutait la petite désespérée qui pleurait à chaque mot, à chaque souvenir, et frémissait de la bouche comme une agonisante. Il y avait des larmes partout, sur le traversin, sur la chemise, au bord du drap, tout le long du bras et des mains.

Gronder les fillettes qui parlent de suicide, les traiter de sottes et les intimider par la menace ou la violence, c’est la première idée qui vient à l’esprit. Mais Julien connaissait bien le caractère de sa petite sœur ; il savait qu’elle ferait comme elle avait dit et qu’il n’y avait pas deux moyens de lui rendre le goût à la vie.

— Tu le reverras, dit-il, je m’en charge. Tu le reverras, demain, et pas pour un moment. File avec lui, ma Berthe, ils ne vous trouveront pas quand vous serez montés à Belleville…

De nouveaux sanglots l’interrompirent :

— On se reverra plus… Il part, demain, au matin… Il m’a écrit à l’atelier… Il s’est mis dans l’idée que j’ai un autre amoureux, parce que j’ai