Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/198

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nuel lui laissait la bouche ouverte dans un épanouissement de joie. Elle ne savait plus bien ce qu’elle faisait ; après avoir mis ses bas, elle les jeta, en prit d’autres, atteignit dans l’armoire sa belle chemise avec un petit pantalon neuf qu’elle s’était festonné elle-même. Avant de s’habiller, elle empoigna une éponge humide, la frotta sur son corps, de la tête aux pieds, et s’essuya d’un torchon propre. Elle avait caché au fond d’un tiroir pour un sou de poudre de riz ; elle s’en mit sur le bout du nez, sur le front et sur les joues. Se coiffer, maintenant ! elle avait oublié. En trois tours de doigts sa tresse fut dénattée, peignée d’un coup de peigne si hâtif qu’elle arracha quarante cheveux ; les épingles de fer et de celluloïd étaient là au coin de la cheminée : bien vite, tout fut relevé, fixé, bouffé, lustré, arrondi. Elle attrapa sa jupe du dimanche, sa chemisette à pois rouges toute fraîche empesée, sa ceinture de cuir et sa cravate rose, puis son unique paire de bottines, son canotier, son parapluie, tout ce qu’elle possédait enfin.

— Tu n’es pas prêt encore ! dit-elle à Julien.

Il ne s’en fallait que d’un instant.

Comme ils allaient franchir la porte, elle aperçut, dormant toujours au bord du matelas, sa petite sœur Sylvanie que rien n’avait éveillée.

— Pauvre Ninie, dit Berthe en penchant la tête. Il n’y a qu’elle que je regrette le jour que je