Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/210

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hôtel rouge. Le soleil ne pénétrait pas à travers leur épaisseur, mais ils jetaient sur le tapis une ombre claire et mouvante qui donnait à cet ermitage quelque chose de pastoral.

Assis dans un grand fauteuil à pupitre dont le modèle lui avait été communiqué par Mgr le duc d’Aumale, le bon M. Barbeville posait son crachoir à gauche, son porte-cigarettes à droite et son livre devant lui.

Il avait la passion des livres. C’était même la seule passion que la Faculté lui permît, encore qu’il fût très capable d’en éprouver plusieurs autres et qu’il en fît, de loin en loin, la juvénile expérience. Mais ces expériences-là devenaient peu à peu, sinon pour lui difficiles, au moins toujours plus imprudentes, et pour rassurer son médecin, il ouvrait enfin plus souvent un vieux livre qu’un jeune corsage.


Un matin, comme il terminait la lecture d’une curieuse plaquette acquise la veille, son médecin vint le voir en ami.

— Mon cher, vous arrivez bien, dit le vieillard d’un ton réjoui. J’ai une question à vous poser, et vous serez bien malin si vous savez me répondre, car c’est un point de jurisprudence sur lequel, avant de lire ceci, j’eusse donné ma langue au chat.

— Oh ! je me récuse !

— Attendez. Il s’agit de mariage, et si la