Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/220

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précédente, et elles étaient mortes fanées : il n’en restait plus une à vendre.

Désolé, sur la route du soir, s’en revint le paysan. Il était honteux de penser qu’il allait rentrer sous son toit, une main pleine et l’autre vide. Sa première fille serait comblée, elle qui avait demandé trop ; et la seconde n’aurait rien du tout, elle qui avait demandé si peu.

Comme il s’attristait ainsi le long des champs et des vergers, tout à coup une rose splendide lui apparut sur sa tige.

Elle était là, au bord de la route. Elle n’appartenait à personne. Il essaya de la cueillir, et, surpris, il n’y parvint pas. Son couteau à la main, il tenta de la couper, sans y réussir davantage.

Alors, le rosier se mit à frémir et il en sortit une voix qui disait : « Jardinier, tu ne prendras ma fleur que si tu me promets de m’envoyer demain celle à qui tu la donneras, car il est de mon gré qu’elle me dise merci. »

Le paysan, plus ébahi qu’alarmé, promit, et put cueillir en échange la rose. Rentré dans sa maison, il n’eut garde d’oublier ce que lui avait dit l’arbuste, et, dès le lendemain matin, la jeune fille s’en alla seule chercher le rosier sur la route.

Elle s’avança donc vers lui et fit un gentil salut. Mais, sitôt qu’elle eut touché de la main la longue tige d’où la rose avait été cueillie, tous les autres rameaux vert sombre se mirent à croître