Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/24

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en était libre, je pense. On ne donne pas d’ordres à un artiste. Cette petite en use avec nous d’une façon que nous ne supporterons pas. Jamais son père n’aurait fait cela ! Lorsqu’il mit le siège devant Rhodes où Protogène travaillait son Iasyle…

— Je sais, dit Bryaxis. Continue.

— Bref. Clésidès était fort en colère, encore qu’il n’en montrât rien. Il termine son étude de dos, la reine se lève, lui demande de revenir le lendemain, il accepte et la quitte. Bon.

Ophélion se croisa les bras.

— Le lendemain, savez-vous qui l’attendait ? Une servante sur un tabouret.

— Stratonice, dit-elle, est fatiguée, ce matin. Elle ne posera plus, mon maître, et c’est moi qui la remplacerai tant que son portrait ne sera pas fini. Ainsi en a-t-elle décidé.

Nous éclatâmes de rire et Bryaxis lui-même ne s’en défendit point.

Ophélion poursuivait gaiement :

— L’esclave n’était pas mal faite. Clésidès poussa les scrupules jusqu’à lui donner les crampes de rigueur afin qu’elle ressemblât ainsi de plus près à sa maîtresse. Puis il expliqua d’un ton sec qu’il n’avait plus besoin d’elle, et rentra chez lui avec ses dessins.

— Cette fois, il a eu raison ! m’écriai-je. La reine se moquait, vraiment.

— En chemin, comme il passait le long du port