Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/32

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le sourcil, comment te permets-tu de prendre son visage ?

— Et toi, si tu n’es pas le fils de Sémélé, qui t’a donné ces vastes boucles, cette stature dionysiaque et cette robe de pourpre tissée par les Grâces de Naxos ?

Il sourit. Sans même dégager son bras du soutien charmant qui l’élargissait, il me tendit comme un plat d’or, par-dessus une courtisane, sa grande main chargée d’anneaux, et serra la mienne sur un sein découvert.

— Khariklo, dit-il à la jeune fille de droite, prends mon ami d’un bras qui lui soit doux, et continuons notre promenade. Bientôt le soleil serait trop ardent pour que ton fard n’en souffrît point.

Nous repartîmes donc tous enlacés. Parrhasios imprimait à la marche un balancement vaste et scandé, pompeux comme un hexamètre où le petit pas des femmes eût battu le dactyle.

En trois mots, il s’enquit de mes œuvres et de ma vie. À chacune, de mes réponses, il disait vivement : « C’est parfait », afin de couper court aux explications. Puis il se mit à parler de lui.

— Comprends bien que je t’ai pris sous ma protection, disait-il, car pas un citoyen d’Athènes, hors moi seul, n’est en sûreté chez le Macédonien, et si le moindre différend t’avait conduit devant la justice, je n’aurais pas donné deux oboles, ce