Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/34

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— Le devines-tu ?

— Non, certes. Je ne pense pas que tu veuilles un esclave, puisque Philippe te donne les siens. Ni une femme, puisque celles-ci…

— Je suis venu d’Athènes à Khalkis pour trouver un modèle, mon petit. Te voilà tout surpris. Je m’y attendais bien.

— Un modèle ? Il n’y en a donc plus entre l’Académie et le Pirée ?

— Environ quatre cent quarante mille, pour moi, dit Parrhasios orgueilleusement : la population de l’Attique. Et cependant je cherche un modèle au marché des Olynthiens. Voici pourquoi. Tu vas comprendre.

Il se redressa :

— Je fais, dit-il, un Prométhée.

En prononçant un pareil nom, il resta la bouche ouverte et toute l’horreur de son sujet passa dans le pli de ses sourcils.

— Des Prométhées, tu le sais, il y en a sous tous les portiques. Timagoras en a vendu un. Apollodore en a tenté un autre. Zeuxis a cru pouvoir… mais pourquoi rappeler tant de piteuse peinture ? On n’a jamais fait de Prométhée.

— Je le crois, répondis-je.

— On a représenté des paysans nus attachés sur des rochers de bois et le visage tordu par je ne sais quelle grimace qui trahit un mal de dents ; mais Prométhée Forgeron du Feu, Prométhée Créateur