Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/71

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la laine, du fil et de la soie. En revenant sur terre, je croyais trouver tous ces vieux tissus disparus même des mémoires. Je m’imaginais (pardonne-moi) qu’après de si longues années, les hommes auraient découvert des étoffes merveilleuses, comme le soleil ou la lune, et plus voluptueuses au toucher que la peau d’une vierge ou d’un fruit. Mais non, de quoi vous habillez-vous ? de laine, de fil et de soie… Oh ! je sais, vous avez trouvé les cotonnades, et vous en enveloppez les nègres, qui vous semblent inconvenants dans l’état où ils se promènent. C’est peut-être extrêmement moral… Tu aimes beaucoup le coton ? Tu es fier de sa découverte ? Moi, je ne peux pas même sentir sous mes doigts cette chose qui colle et qui se défait. Enfin, avez-vous une étoffe mieux drapée que la laine ? non ; plus fine que le fil de lin ? plus lumineuse que la soie… Mais réponds toi-même.

Elle poursuivit :

— De mon temps, on se chaussait avec du cuir… On connaissait les mules, les souliers de couleur, les pantoufles fourrées, les bottines montantes… Tiens, tes souliers de cycliste, découverts avec une bride un peu plus haut, c’est une forme phrygienne. Regarde maintenant les miens : ils sont en maroquin olive et dorés aux petits fers comme une reliure. Admire-les. Tu n’en trouveras pas d’aussi beaux chez le fournisseur de tes amies.

Elle poursuivit encore :