Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/72

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— De mon temps, pour faire les bijoux, on se servait de deux métaux précieux : l’or et l’argent. En avez-vous trouvé un troisième ? On en faisait des colliers, des bagues, des bracelets, des boucles d’oreilles, des diadèmes et des broches. J’ai retrouvé tout cela rue de la Paix, identique. Nous connaissions les perles, l’émeraude, le diamant, l’opale, la pierre de lune, le rubis, le saphir et toutes les silices nuancées qui viennent de l’Arabie et de l’Inde aujourd’hui comme autrefois. Par hasard, auriez-vous créé une pierre précieuse en dix-huit siècles ? Une seule, dis-m’en une, je t’en prie ! une pierre que je n’aie pas connue, une bague que je n’aie pas mise à mon doigt ; un bijou nouveau, même monté en or comme les miens, puisque tu n’as pas de métal plus rare à m’offrir, mais portant dans ses griffes une gemme inventée ?

Sa voix s’était animée peu à peu jusqu’à un ton de reproche et de dépit. Je fis un geste beaucoup plus calme.

— Callistô, répondis-je, tu me parais attacher une importance exagérée aux ornements dont les femmes se chargent et n’ont pas d’autre excuse que d’occuper, par leur choix difficile et leur composition méticuleuse, une vie stagnante et désœuvrée. Il est évident aujourd’hui, après dix mille ans d’efforts infructueux chez tous les peuples, qu’une jeune fille ne saurait jamais être plus belle par l’art du couturier, du brodeur et de l’orfèvre qu’à l’ins-