Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/73

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tant où elle se montre toute nue comme les dieux l’ont créée. Ce simple costume, je ne doute pas que les Grecs ne l’aient connu…

— Mieux que tes compatriotes.

— Vous ne l’avez pas inventé ; n’en sois pas fière. Je reconnais que, de nos jours, on le travestit encore plus mal que du temps où tu es née ; mais du mauvais au pire la différence importe-t-elle ? On ne peut pas habiller les femmes. C’est un axiome. Nous ne le détruirons pas. Si les vérités esthétiques pouvaient se démontrer par théorèmes, M. Poincaré aurait déjà prouvé mathématiquement qu’il est inutile d’exercer l’imagination humaine à la recherche de cette découverte, aussi certainement chimérique que la trisection des angles. Pour ma part, je ne m’afflige pas d’un insuccès qui persiste parce qu’il est éternel ; et je me contente d’admirer la femme dans sa pureté primitive (qui, elle aussi, est immuable) avec l’émotion antique de ceux qui touchèrent Hélène.

Elle me regarda plus fixement en penchant la tête vers moi, et me dit avec lenteur :

— Es-tu sûr, ô présomptueux ! que les femmes n’aient pas changé ?