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APERÇU HISTORIQUE

familiarisées depuis des siècles avec l’usage de la boussole et le phénomène des moussons qui se produit dans les mers de la Chine tout aussi bien que sur les côtes de l’Inde, atteignirent ces deux points à une époque probablement fort ancienne ; mais leur navigation ne se prolongea que beaucoup plus tard jusqu’aux embouchures de l’Euphrate.

La chute de l’empire romain légua à la Perse et à l’Éthiopie le commerce qui se faisait à travers le continent asiatique avec la Chine et l’intercourse maritime avec l’Inde, dès la fin du quatrième siècle de notre ère. Ce fut dans la première moitié du siècle suivant que, d’après le témoignage de Massoudi, des navires venus de Chine apparurent en grand nombre dans le golfe Persique. Les pèlerinages des Chinois bouddhistes dans le Nord de l’Inde se font toujours par terre, mais l’un de ces pèlerins, le célèbre Fa-hien, après avoir suivi la route continentale pour se rendre dans le pays de Chin-thou, s’embarque, pour effectuer son retour dans sa patrie, aux embouchures du Gange, touche à Ceylan et à Java et vient atterrir dans la province chinoise du Chan-tong (414).

La conquête de Ceylan au sixième siècle par Cosroès-Nouschirevan dut activer les relations maritimes entre la Perse et l’extrême Orient, mais elles ne prirent un développement considérable qu’à partir du siècle suivant, sous la domination arabe. Dès 637, les Arabes se répandirent sur les côtes occidentales de l’Inde, et les conquêtes du fameux Hadjadj et de son cousin Mohammed (696-714) multiplièrent les points de contact entre les deux extrémités de l’Asie. À cette époque, une colonie de marchands musulmans s’établit à Ceylan, et la navigation entre la Chine et les nouvelles villes de Bassora et de Syraf, fondées par Omar, devint excessivement active, mais ne semble avoir porté aucun préjudice au commerce continental, qui continua à se faire entre la province chinoise du Chen-si et les bords du Tigre par le Khorassan et la vallée de l’Oxus (Djihoun de nos jours). L’ambassade, envoyée en 643 par le royaume de Fou-lin (Bas-Empire) à la cour des Thang, suivit probablement cette dernière route ou une autre plus septentrionale encore (Nord de la Caspienne, pays des Kirghiz).

C’est à partir de cette époque que l’on peut commencer à trouver dans les écrivains orientaux des renseignements géographiques et historiques précieux sur la péninsule indo-chinoise. Malheureusement l’obscurité et l’insuffisance des données modernes relatives à cette partie du continent asiatique ont provoqué à son égard une sorte d’oubli de la part des savants orientalistes qui ont commenté les ouvrages arabes et persans de cette période. Quand on parcourt les nombreux travaux auxquels ces ouvrages ont donné lieu, on reste frappé du peu de place que tient l’importante presqu’île dont nous parlons dans les préoccupations des traducteurs. Il y a une sorte de parti pris de retrouver dans l’Inde proprement dite tous les royaumes, toutes les villes énoncées par les auteurs, et l’on ne tient aucun compte de l’espace géographique même occupé par l’Indo-Chine, et de l’immense développement de côtes qu’elle présente[1].

  1. Ce parti pris a porté malheur à l’un des orientalistes les plus érudits et les plus consciencieux de notre époque, M.  Reinaud, qui a voulu voir dans Killah ou Kalah des auteurs arabes la ville de Pointe-de-Galle dans l’île de Ceylan, et a placé par suite sur la côte de Coromandel des États et des villes qui se trouvent en Indo-Chine.