Page:Louis Delaporte - Voyage d'exploration en Indo-Chine, tome 1.djvu/55

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transition entre ces deux formes se fait graduellement au moyen de cinq étages. Les angles du carré sont abattus et remplacés par une succession d’angles rentrants et saillants. La partie médiane de chaque face présente une courbure convexe dont le côté du carré reste la corde. Au fur et à mesure que l’on s’élève, cette transformation s’accentue davantage, et la coupe horizontale de la cinquième assise est toujours un cercle parfait. Considérée dans le sens vertical, la forme extérieure de la tour offre une courbure convexe à peu près régulière. Pour dissimuler au regard les raccordements des différents segments dont se compose cette courbe, aux angles de toutes les corniches extérieures sont placées des pierres d’ornement à forme pyramidale et triangulaire. Cette addition donne de la continuité aux lignes générales.

D’après la tradition, les tours se terminaient par une boule et une flèche en métal. Il n’en reste aujourd’hui aucune trace.

Ordinairement la partie centrale de chaque face est occupée par une sorte de tympan sculpté, représentant une scène mythologique. Ces tympans se succèdent, comme les pyramides, d’étage en étage, en diminuant de dimensions et contribuent à donner beaucoup de légèreté et de relief au monument lui-même. Telles sont les tours d’Angcor Wat. D’autres fois, cette partie centrale figure un profil humain, et cette combinaison, à laquelle se prête merveilleusement la double convexité de la tour dans le sens horizontal et dans le sens vertical, produit de grands et beaux effets. Nous citerons comme modèles en ce genre les portes de la ville d’Angcor et les nombreuses tours de Baion.

Colonnes[1]. — Les colonnes employées pour supporter les voûtes et former les galeries sont toujours carrées ; les colonnes rondes ne jouent dans l’architecture khmer qu’un rôle secondaire et purement décoratif.

Les chapiteaux supportent directement l’entablement qui se compose ordinairement d’une face plane et d’une corniche faisant saillie à l’intérieur. La voûte prend naissance au-dessus de cette corniche. Quand la construction est très-élevée, la face plane de l’entablement, qui prend alors des dimensions considérables, est coupée par une seconde corniche intermédiaire. Si la voûte doit être très en vue, l’entablement se couvre de moulures horizontales ou reçoit une frise sculptée.

Les colonnes sont exactement carrées et conservent sur toute leur hauteur le même diamètre. Le chapiteau et la base sont ordinairement de dimensions semblables et d’une ornementation uniforme, en sorte qu’il est indifférent de prendre l’un pour l’autre. Le fût est en général monolithe. Souvent aussi la base manque et est remplacée par de légères sculptures sur les quatre faces du fût prolongé. Chapiteaux et bases rappellent à s’y méprendre le mode grec des plus beaux temps. C’est le même dessin général, et les moulures, les motifs d’ornementation offrent une analogie complète et une perfection d’exécution égale.

Le fût des colonnes est tantôt uni, tantôt orné du haut en bas de séries de dessins uniformes fouillés au ciseau à une très-faible profondeur. Ce sont presque toujours d’intermi-

  1. Voy. Atlas, 1re partie, planches XVIII et XIX.