Page:Lucien - Œuvres complètes, trad. Talbot, tome I, 1866.djvu/599

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LES AMOURS.

brillant festin qu’il donna pour célébrer sa victoire, car il avait en général le goût de la magnificence. Pour consoler Chariclès, je le flattai sur son éloquence entraînante, et je lui dis qu’il avait d’autant plus excité mon admiration, qu’il avait parfaitement défendu la plus mauvaise cause.

[53] Tel fut notre séjour à Cnide, et les discours prononcés devant le temple de la déesse, tout semés de leçons aimables et d’enjouement érudit, se terminèrent par la décision que je t’ai fait connaître. Mais toi, Théomneste, qui as rappelé à mon souvenir ces histoires déjà vieilles, qu’aurais-tu décidé, si l’on t’eût pris pour juge ?

Théomneste. Au nom des dieux, Lycinus, me crois-tu donc un Mélitide ou un Corèbe[1] pour contredire un jugement si bien rendu ? Ton récit m’a tellement enchanté que je me suis imaginé être à Cnide, et que j’ai été sur le point de prendre cette petite maison pour le temple de Vénus. Cependant (car on peut tout hasarder un jour de fête, et la gaieté, même excessive, convient à la solennité d’aujourd’hui), quoique la gravité relevée des discours de ton philopède me les fasse admirer, je doute beaucoup qu’il soit fort agréable de vivre jour et nuit avec un joli garçon qui vous fait endurer le supplice de Tantale, et d’avoir les yeux inondés de sa beauté, sans pouvoir étancher, quoique la source soit voisine, la soif qui vous consume. Il ne suffit pas, en effet, de contempler l’objet qu’on aime, d’être assis en face de lui et de l’entendre parler. Mais la vue n’est, en quelque sorte, que le premier degré de plaisir, établi par l’amour : après avoir vu et contemplé, le désir vient de se rapprocher par l’attouchement.[2] Si enim vel summis tantum digitis attigerit, totum corpus fructus ille percurrit. Hoc ubi facile consecutus est, tertio tentat osculum, non statim curiosum illud, sed placide labia admovens labiis, quæ, prius etiam quam plane se contigerint, desistant, nullo suspicionis relicto vestigio. Deinde concedenti se quoque tempore accommodans, ]ongioribus amplexibus quasi illiquescit, interdum etiam placide os diducens, nullamque manum otiosam esse patitur : nam manifestæ illæ in vestimentis complexiones voluptatem conglutinant, aut latenter lubrico lapsu dextra sinum subiens, mamillas premit paulum ultra naturam tumentes, et duriusculi ventris, rotun-

  1. Deux fous célèbres dans l’antiquité. Voy. Élien, Hist. div., XIII, xiv.
  2. Le lecteur comprendra le scrupule qui nous fait laisser en latin ces lignes, dont la licence excède toutes les hardiesses où nous avons suivi jusqu’ici notre auteur.