Page:Luzel - Contes populaires, volume 2, 1887.djvu/388

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vous avez épousée ; quant à elle, elle est au fond de la mer, retenue captive par une Sirène.

— Comment cela ? Expliquez-vous clairement.

— Comme la belle Yvonne traversait la mer, pour se rendre auprès de vous, sa nourrice et la fille de celle-ci, qui étaient jalouses d’elle, la jetèrent traîtreusement à la mer. Une Sirène se trouva là, qui l’emporta dans son palais, au fond de l’eau, où elle la retient enchaînée par une longue chaîne d’or. Mais, ce n’est pas tout ; après s’être débarrassées de la sœur, par un crime horrible, les deux diablesses voulurent en faire autant du frère, dont la présence les gênait. Elles le firent assassiner lâchement, par deux dignitaires de votre cour, dans une partie de chasse, et son corps fut jeté et abandonné dans une vieille chapelle en ruine, au fond d’un bois, où il se trouve encore, car je l’ai vu. La Sirène a permis à Yvonne de venir, pendant trois nuits, frictionner le corps de son frère, avec une eau magique, qui doit y ramener la vie. Elle est venue, deux nuits déjà, et le corps a remué ; elle doit revenir, cette nuit, pour la dernière fois.

— Comment savez-vous tout cela ? demanda le roi, fort intrigué.

— J’ai passé la nuit dans la vieille chapelle, répondit le rémouleur, et j’ai vu la jeune fille, dont la beauté est si éclatante, qu’elle brille et