Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/106

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Le lendemain matin donc, comme il marchait à la mort, il remarqua dans la foule des curieux son camarade, son pays, Iouenn Dagorn, celui qui lui avait donné un sou, une chique de tabac et un morceau de pain de munition, au moment de déserter. Il fit en sorte de passer près de lui et lui dit en breton :

— Va, vite, à l’hôtel du Cheval blanc, grand’-rue, no 9, et apporte-moi ma pipe, ma blague à tabac et un bout de cierge bleu, que tu trouveras dans les poches de ma veste, car je veux encore fumer une pipe, avant de mourir.

L’ami courut à l’hôtel du Cheval blanc, et revint promptement avec les objets demandés. Iann montait déjà à l’échelle. A chaque degré, il se détournait pour voir s’il ne verrait pas venir son ami. Arrivé sur l’échafaud, il l’aperçut qui accourait en toute hâte. Alors, il demanda, pour dernière grâce, qu’on lui permît de fumer une dernière pipe, avant de mourir. Le roi, qui était présent, fit signe qu’il y consentait. Iann cria alors à Dagorn de lui apporter sa pipe, sa blague à tabac et son bout de cierge. Quand il les tint, il se sentit soulagé. Il bourra tranquillement sa pipe, en regardant la foule, puis, il alluma son bout de cierge bleu, et aussitôt l’Homme de fer se montra à côté de lui, au grand étonnement de tout le monde, et dit :