Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/154

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sa fille n’avaient jamais eu à se louer de son caractère ni de ses procédés à leur égard ; mais, à partir de ce moment, ce fut une véritable furie, et il leur fallut songer à fuir loin d’elle. Le père et sa fille s’entendirent donc pour passer la mer, et aller aussi loin qu’ils pourraient. Ils s’assurèrent d’une embarcation et, une nuit, ils partirent secrètement, et se dirigèrent vers le rivage le plus voisin. Mais, au moment où ils s’apprêtaient à mettre à la voile, ils virent la méchante femme accourir vers eux, en faisant des signes avec ses mains et criant à son mari :

— Arrête ! arrête ! où prétends-tu aller, si follement ? Tu ne vois donc pas, étourdi, que tu as oublié d’emporter ton petit livre rouge ? Tu sais cependant bien que tu ne peux rien sans lui : retourne le prendre à la maison, pauvre écervelé, puis je te laisserai aller où tu voudras, avec ta fille.

Le pauvre homme, habitué depuis longtemps à obéir aveuglément à sa femme et à ne jamais la contredire, n’osa pas continuer sa route, et ne vit pas le piège qu’on lui tendait. Il revint donc au rivage, amarra sa barque à un poteau, et retourna au château pour prendre son petit livre rouge. Sa femme lui promit de l’attendre auprès du bateau, où Yvonne était restée seule. Mais, à peine l’eut-elle perdu de vue, qu’elle dénoua l’amarre, et la