Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/158

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peine que vous éprouvez encore de me voir fait de cette façon ; mais, consolez-vous, car bien que votre fils soit un Chat noir, ou que du moins il en ait l’apparence, vous n’aurez pas toujours honte de moi, et, un jour, il saura reconnaître toutes vos bontés et votre amour, et il vous vengera de celles qui vous ont fait tant de mal et voulu en faire davantage encore. En attendant, ma mère, faites-moi un bissac, que je mettrai sur mes épaules, et j’irai quêter pour vous, à la ville la plus voisine, et je vous en rapporterai quelque chose de meilleur que les moules, les brinics (patèles), les palourdes et autres coquillages qui, depuis que vous êtes dans cette île, composent votre unique nourriture.

— Jésus ! mon pauvre enfant, s’écria Yvonne, de plus en plus étonnée, comment se fait-il que tu parles ainsi, tout comme un homme, bien qu’ayant toutes les apparences d’un Chat ?

— Je ne puis vous le dire, à présent, ma mère, mais, un jour, vous le saurez.

— Je sais, mon enfant, que Dieu fait tout ce qu’il veut, et que nous devons trouver bon ce qu’il fait. Mais, je crains de te laisser aller seul hors de notre île ; il pourrait t’arriver quelque malheur. Et puis, comment traverseras-tu la mer ?

— Ne craignez rien, ma mère, il ne m’arri-