Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/23

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Il fallait voir comme saucisses, boudins et lard disparaissaient, dans ces bouches affamées !

Quand chacun eut mangé et bu son content, et un peu plus, peut-être, le meunier dit à Crampouès :

— Cède-moi ta serviette, en échange de mon biniou ?

— Pas si sot ! répondit Crampouès ; que ferai-je de ton biniou ?

— Mais songe donc que ce biniou n’a pas son pareil au monde ; il fait danser les gens, malgré eux, et même les morts, qu’il ressuscite !

— Bien vrai, qu’il fait danser aussi les morts ?

— Aussi vrai que tu viens de me faire faire un excellent dîner.

Crampouès hésita, un peu, se gratta la tête, derrière l’oreille, puis il dit :

— Eh bien ! j’y consens, faisons échange.

Et il donna sa serviette au meunier, qui, de son côté, lui céda son biniou, puis, il se remit en route.

Mais, il n’était pas encore loin du moulin, qu’il se dit :

— J’ai encore donné ma serviette ! Et pourtant, ma douce Marie m’avait bien recommandé de ne jamais m’en séparer. Heureusement que j’ai encore mon bâton, et je vais envoyer mes cinq cents cavaliers me la reprendre.