Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/249

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de manière à les faire ressembler à des boules, puis je les mettrai parmi les boules de mon frère, dans l’avenue, et quand vous irez jouer, demain, vous aurez soin de prendre vos boules le premier et de choisir les deux vessies. Quand vous leur direz : — « Chèvre, élève-toi en l’air, bien haut, et vas en Égypte ; il y a sept ans que tu es ici, sans avoir mangé de fer[1] ! » elles s’élèveront aussitôt en l’air, et si haut, si haut, qu’on ne pourra les apercevoir. Mon frère croira que ce sera vous qui les aurez lancées, et, ne pouvant en faire autant, il s’avouera vaincu.

Les voilà de nouveau dans l’allée aux boules. Le prince prend ses deux boules, c’est-à-dire les deux vessies, et se met à jongler avec elles, et à les lancer en l’air, aussi facilement que si c’eussent été deux balles remplies de son, et cela au grand étonnement de l’Aigle.

— Que signifie ceci ? se demandait celui-ci, avec inquiétude.

Il lance le premier sa boule, et si haut, qu’elle mit un bon quart d’heure à tomber à terre.

— Bien joué ! dit le prince ; à mon tour. Et il murmura ces mots tout bas :

  1. Suivant ma conteuse, aller en Égypte signifie s’élever en l’air, voyager à travers l’air.