Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/284

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cette épée sera bientôt à moi ; je substituerai une autre épée à la sienne, pendant qu’il dormira, et le tour sera joué.

Et en effet, dès le lendemain matin, la substitution était opérée, sans que le prince en sût rien, et, en se levant, il prit l’épée qu’il trouva sous son oreiller, ne doutant pas que ce ne fût la sienne, parce qu’il la mettait là, tous les soirs, et partit à la chasse, comme d’ordinaire. Mais, il avait beau dire à cette épée : Fais ton devoir, ma bonne épée ! quand passaient les lièvres et les chevreuils, ou que les perdrix et les bécasses s’envolaient, elle n’en faisait rien.

— Hélas ! je suis trahi ! s’écria le prince, en voyant cela.

Et, pour la première fois, il rentra sans avoir rien pris, triste et la tète baissée.

Sa femme et son amant le firent saisir et enchaîner aussitôt, par leurs valets.

— Je n’ignore pas d’où me vient cette trahison, leur dit-il, mais, puisqu’on veut se défaire de moi, je demande, pour toute grâce, que mon corps soit découpé en morceaux, aussi menus que l’on voudra, et que tous ces morceaux, réunis dans un sac, soient chargés sur le dos de mon cheval blanc, que l’on laissera aller aussitôt en liberté.

On le lui promit, et on fît ce qu’il demandait. Le cheval se rendit tout droit, avec sa charge,