Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/339

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De tous les points du royaume, et même des pays étrangers, il vint une foule de prétendants, des gens de toute condition, depuis des princes jusqu’à des charbonniers et des tailleurs de campagne, avec des énigmes et des problèmes qu’ils regardaient tous comme insolubles. La princesse les recevait, du haut d’un balcon, dans la cour du palais de son père, tout habillée de rouge, une couronne d’or sur la tête, une étoile de diamant au front, une baguette blanche à la main, et l’air hautain et cruel comme une tyranne (evel eun dirantès). Tout autour de la cour, on voyait suspendus aux murailles et à des poteaux patibulaires, les cadavres et les squelettes décharnés de ses victimes. Elle donnait ordinairement ses réponses, séance tenante, et aussitôt le pauvre prétendant vaincu était saisi par quatre valets, à mine féroce, et pendu impitoyablement.

Il y avait au pays de Tréguier un jeune seigneur nommé Fanch de Kerbrinic, pas des plus fins, et qui pourtant voulait aller aussi proposer une énigme à la princesse. Il habitait son manoir de Kerbrinic, seul avec sa vieille mère. Celle-ci faisait tout son possible pour détourner son fils de son téméraire projet ; mais, c’était en vain.

Un jour que Fanch de Kerbrinic était allé à la chasse, il rencontra, sur la grand’route, un soldat