Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/384

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— Ah ! vraiment, un abbé qui n’a jamais éprouvé aucun souci, de sa vie, et qui n’en éprouvera jamais ? Eh bien ! son inscription ment au moins de la moitié, et vous le verrez, sans tarder.

Et, le jour même, le roi écrivit à l’abbé une lettre par laquelle il lui ordonnait de venir le trouver. Il lui recommandait en même temps de ne venir ni un dimanche ni un jour ordinaire de la semaine ; ni par les chemins ni par les champs ; ni le jour ni la nuit ; ni vêtu ni habillé ; ni à pied ni à cheval, ni en voiture ; de plus, il devait ailler à reculons et avancer ; dire ce que penserait roi, au moment où il arriverait à la cour ; ce qu’il valait, quand il était revêtu de ses habits d’apparât, la couronne en tête et assis sur son trône ; et enfin lui apprendre où se trouve le centre de terre. Et il fallait remplir exactement toutes ces conditions, sous les peines les plus sévères et peut-être même la mort.

Quand il eut écrit sa lettre, le roi dit à son courrier :

— Portez cette lettre à l’abbé Sans-Souci, en son abbaye.

Le courrier partit et remit la lettre à l’abbé, en propres mains. Celui-ci s’empressa de la lire, et aussitôt il pâlit et devint triste et soucieux, Il n’était déjà plus l’abbé Sans-Souci.