Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/387

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— Et vous vous êtes conforme de point en point à mes ordres ?

— Oui, sire.

— Voyons cela ; expliquez-moi comment vous vous y êtes pris, car je suis curieux de le savoir.

— Vous m’avez dit, sire, de ne venir ni un dimanche ni un jour ordinaire de la semaine ; ni de jour ni de nuit. Or, je suis venu la nuit de Noël, qui n’est ni un dimanche ni un jour ordinaire de la semaine, et dont on peut dire que c’est la nuit qui est le jour, à cause de la naissance de Nôtre-Divin Sauveur, la lumière du monde, et parce qu’on y dit la messe, à minuit, comme en plein jour. Je ne suis pas venu par les chemins ni aussi par les champs, car j’ai suivi tout du long les douves. Je ne suis venu ni à pied, ni à cheval, ni en voiture ; voyez, en effet, je suis sur une roue, et, tout en allant à reculons, j’avançais, car pendant que je montais à ma roue, à reculons, la voiture m’entraînait en avant. Je ne suis ni vêtu ni nu, car le filet de pécheur dont je suis enveloppé, de la tête aux pieds, ne me couvre pas entièrement le corps et ne me laisse pas tout nu non plus.

Le roi vérifia l’exactitude de tout ce que lui disait celui qu’il croyait être l’abbé Sans-Souci, et il fut émerveillé des ressources de son esprit.

— Mais ce n’est pas tout, reprit-il, un moment