Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/203

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


méchant le frappa au cœur et le tua raide. Puis il lui prit son argent dans sa bourse et, après avoir traîné son corps dans la douve, au bord du chemin, il continua sa route.

Mais, à partir de ce moment, une grosse mouche vint voltiger et bourdonner autour de sa tête, et il avait beau la chasser, elle revenait toujours obstinément, et il ne pouvait s’en débarrasser. Il se mettait en colère et jurait comme un diable ; mais c’était bien en vain : la mouche le poursuivait toujours, voltigeant et bourdonnant autour de sa tête. Cela lui parut singulier.

Il arriva à la Roche-Derrien et acheta un beau poulain, avec l’argent qu’il avait volé à Kérandouf, puis, sans s’arrêter davantage en ville, il reprit la route de la maison. La mouche le poursuivait toujours, et, durant toute la journée, elle n’avait pas cessé un seul moment de voltiger, en bourdonnant, autour de sa tête. La nuit même elle ne le quitta pas, et il ne dormit goutte. Alors il commença à avoir peur ; il se disait :

— C’est sans doute l’âme de Hervé Kérandouf ! Si elle me poursuit ainsi le reste de mes jours, je serai bien malheureux !

Le lendemain, il vaqua à ses occupations ordinaires, alla travailler aux champs, et la mouche le suivait toujours, et il ne pouvait l’atteindre, malgré tous ses efforts. Le jour suivant, ce fut