Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/310

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débarrasser de Marie et de la perdre. Elle dit un. jour au roi :

— Puisque votre fille est si bonne ménagère et si habile à administrer une maison, il faut l’envoyer quelque temps administrer mon palais et mes gens, puis ma fille ira aussi, à son tour.

Le roi, qui ne songeait pas à mal, approuva fort cette idée, et Marie fut envoyée administrer le palais de sa marâtre. Mais celle-ci avait écrit d’avance à une amie sorcière qu’elle y avait laisséee et lui avait recommandé de faire usage de son art pour rendre la jeune fille aussi laide et maussade qu’elle était jolie et gracieuse. Marie était si jolie, si douce et si affable, qu’elle gagna et séduisit sans peine tout le monde, et la sorcière elle-même ne put résister au charme. En effet, quand elle pénétra, la nuit, dans sa chambre, tenant d’une main une lumière et de l’autre un liquide qu’elle avait préparé pour mettre à exécution l’ordre de la reine, elle fut si frappée de la beauté, de la douceur et de la bonté répandues sur tous les traits de la jeune fille, qui dormait d’un sommeil si paisible, qu’au lieu de lui faire du mal, comme c’était d’abord son intention, c’est le contraire qu’elle fit. Après l’avoir admirée quelque temps, en silence, elle dit :

— Elle est bien belle ! Eh bien ! je veux qu’elle soit beaucoup plus belle encore, et qu’à chaque