Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/312

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se gardât bien de manquer de faire ce qui y était marqué. Puis elle rassembla dans la grande salle tout le personnel du palais, leur parla avec hauteur et mépris, et les menaça du bâton à la moindre faute, ou s’ils trouvaient à redire à ce qu’elle ferait ou dirait.

On avait bien envie de rire en l’entendant parler de la sorte, et à voir les airs qu’elle prenait ; mais on n’osait pas.

— Nous sommes loin d’avoir gagné au change ! se disait-on ; nous serons bien malheureux, si elle nous reste longtemps.

Elle ne trouva rien de bien dans tout le palais ; elle ne fit que gronder, grogner et injurier tout le monde. Elle voulait tout bouleverser.

La nuit venue, la sorcière pénétra doucement dans sa chambre, et, en voyant sa tête sur un oreiller blanc et garni de dentelles, toute bouffie, rouge et la bouche grande ouverte, elle crut voir un énorme crapaud, et ne put s’empêcher de rire.

— Elle est bien laide ! se dit-elle. Eh bien ! qu’elle soit beaucoup plus laide encore ; que son haleine soit puante à tuer les mouches à dix pas, et qu’à chaque parole qu’elle prononcera, un crapaud lui tombe de la bouche !...

Puis elle s’en alla.

Le lendemain matin, quand la Jeanne des-