Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/350

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Voilà encore Caric ann Ankou qui passe ! Quelqu’un va mourir dans la paroisse, pour sûr ! Mon père, qui n’avait peur de rien, surtout quand il avait bu, se lève aussitôt en jurant et en disant :

Caric ann Ankou ! Tonnerre de Brest ! il y a assez longtemps que j’en entends parler, et je voudrais bien le voir, au moins une fois dans ma vie : où est-il ?

Et le voilà sorti, nu-tête, pieds nus, et de courir dans la direction du Vieux-Marché en criant :

— Holà ! hé ! camarade, attendez donc un peu ; n’allez pas si vite : je voudrais bien vous voir et causer avec vous un peu… »

Mais soudain il s’arrêta, ses jambes faiblirent, il eut peur et s’en retourna tout penaud, n’ayant rien vu, et il se coucha tranquillement et n’en parla plus.

— Eh bien ! moi, dit Riou, j’ai vu Caric ann Ankou, et bien vu, et je puis vous en parler.

— Contez-nous cela, Riou, lui dit-on de tous côtés.

— C’était du temps que j’étais domestique à Keravennou, chez le grand Morvan. Le bonhomme L’Ahellec, que quelques-uns de vous ont connu, y était malade, et il allait s’affaiblissant et baissant tous les jours. Un matin, que je m’étais levé avant le jour pour soigner les chevaux (c’était, je