Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/357

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Je ne sais quel démon inspira à Guyona l’idée malencontreuse de chauffer, un soir, le galet au feu, puis de le remettre à sa place accoutumée, comme si de rien n’était. À son heure ordinaire, le lutin vint et s’assit dessus ; mais il s’enfuit aussitôt en poussant des cris terribles et en renversant dans la cuisine les marmites, les chaudrons, les pots, les écuelles et toute la vaisselle. À partir de ce jour, on ne revit pas le bon lutin, et les chevaux et les bœufs maigrirent à vue d’œil, et les vaches ne donnèrent presque plus de lait, et le peu qu’elles en donnaient tournait et aigrissait, presque aussitôt. Guyona perdit sa gaité habituelle, et elle avait la main si malheureuse, la pauvre fille, que tous les jours elle cassait une marmite, un plat, une écuelle ou quelque autre objet. Enfin, ses maîtres étaient si mécontents d’elle et d’Yves Troadec aussi, qu’ils les congédièrent. Ils étaient déjà fiancés et ils se marièrent ; mais, le guignon ne cessa pas de les poursuivre, et vous savez comme ils sont malheureux aujourd’hui, chargés d’enfants et réduits à mendier de porte en porte !

Pipi Gouriou, le tisserand, écoutait attentivement tout ce que l’on disait, debout sous le manteau de la cheminée, et gardait le silence.

Jolory l’apostropha soudain en ces termes :

— Tu ne dis rien, toi, Pipi Gouriou ; tu dois