Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/387

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commode du tout. Mais, n’importe, vous obtiendrez ce que vous désirez. Attendez-moi là ; je vais le consulter.

« Il mit bas sa veste et entra dans un cabinet, à côté de la pièce où je me tenais. Aussitôt, j’entendis un vacarme d’enfer : des cris, des coups de bâton, des bruits de chaises. L’Agrippa, attaché par une chaîne de fer à une poutre, bondissait sous les coups et se démenait comme un démon, et Mêlo criait, tempêtait, jurait et frappait toujours. Au bout de près d’une demi-heure de ce manège, Mêlo sortit du cabinet, couvert de sueur, haletant, et me dit :

— Le combat a été rude ; mais, j’ai fini par avoir la réponse.

« Et il me la fit connaître, et les choses se passèrent comme il me le dit. »

Quelquefois le sorcier, pris de remords et effrayé à la pensée de l’autre monde, veut se défaire de son Agrippa. Mais cela n’est pas chose facile, car l’Agrippa et son possesseur sont liés par un pacte terrible et dont il faut remplir scrupuleusement toutes les conditions. On m’a raconté de Kaour Mengam, de Saint-Michel- en-Grève, qui avait aussi un Agrippa, qu’il le jeta au feu, sur le conseil de son curé. Mais il ne brûlait pas, bien que Kaour eût pris la précaution de l’arroser d’huile et d’entasser sur lui un grand tas de bois. Il tenta l’épreuve à plusieurs reprises, et toujours en vain. Voyant cela, une nuit, il mit son Agrippa dans un bateau, sortit de la baie et, arrivé en pleine mer, il l’y précipita et s’en revint ensuite, croyant en être délivré. Mais, comme il mettait pied à terre, il l’aperçut sur le rivage, qui agitait bruyamment ses feuillets et semblait le narguer. Kaour était bien malheureux de ne pouvoir se défaire d’un tel compagnon. Enfin, un jour, ils disparurent l’un et l’autre, et l’on n’a jamais pu savoir ce qu’ils sont devenus. »

J’ai trouvé dans les archives du département du Finistère une sentence prononcée, en 1660, par la cour royale de Quimperlé, après procédure criminelle, contre Philippe-Emmanuel de Keirlec’h, seigneur de Quistinic, dans laquelle je relève le passage suivant :