Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/47

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Quand on lui servit à souper, elle ne trouva rien à son goût ; elle jeta les plats et les mets à la tête des domestiques, et revint à la cuisine railler et insulter les deux moines. Ceux-ci ne répondaient rien à toutes ses injures, et leur silence et leur résignation ne faisaient qu’exciter sa colère. Elle les envoya coucher dans l’étable aux vaches.

Les deux moines partirent, le lendemain, dès que le jour parut, et sans même demander à déjeûner. Tout en marchant, le plus jeune avait l’air tout pensif, et l’autre lui demanda :

— À quoi pensez-vous donc, mon frère ?

— Je pense à quelque chose que je voudrais bien voir arriver.

— À quoi donc ? Dites-moi, je vous prie.

— Oh ! c’est bien inutile, car je ne puis rien à cela, ni vous non plus.

— Dites toujours, pour voir.

— Eh bien ! je pensais que si Dieu avait mis ensemble, d’un côté le cordonnier et la châtelaine, et de l’autre le châtelain et la femme du cordonnier, peut-être les choses eussent-elles été mieux comme cela.

— Je suis aussi de votre avis, répondit le vieillard ; mais peut-être cela peut-il se faire : rien n’est impossible à Dieu ; prions-le du fond du cœur, et peut-être daignera-t-il exaucer notre prière.