Page:Mémoires de Louise Michel.djvu/170

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l’idée germait, grandissait et, secouée en gerbes d’étincelles, mettait le feu comme une torche. On en avait assez des choses malpropres. — On n’avait pas vu encore la guerre. Elle se leva pour étayer Bonaparte avec des tas de cadavres.

Les réunions se faisaient de plus en plus au grand jour, la révolte montant de dessous terre arrivait au grand soleil.

La guerre ne pouvait pas prendre malgré les entraînements de la bande impériale ; il fallut lâcher les ailes à la Marseillaise pour griser le peuple.

L’armée elle-même, trop docile toujours, ne put marcher en chantant le Beau Dunois.

Des vers faits à cette époque esquissent la situation, j’en mettrai quelques-uns dans ces chapitres de vues générales :


LES ŒILLETS ROUGES

Dans ces temps-là, les nuits, on s’assemblait dans l’ombre,
Indignés, secouant le joug sinistre et noir
De l’homme de Décembre, et l’on frissonnait, sombre,
Comme la bête à l’abattoir.

L’Empire s’achevait. Il tuait à son aise,
Dans sa chambre où le deuil avait l’odeur du sang.
Il régnait, mais dans l’air soufflait la Marseillaise.
Rouge était le soleil levant.