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MÉMOIRES DE MADAME DE BOIGNE

dans son salon. Il vécut avec elle quelque temps, lui fit apprendre un peu à lire et à écrire.

Le feu s’étant mis dans les affaires de ce jeune homme très dérangé, il se trouva obligé de quitter Londres subitement. En ce moment, son oncle, sir William Hamilton, ministre d’Angleterre à Naples, s’y trouvait en congé. Il lui raconta que son plus grand chagrin était la nécessité d’abandonner une jeune créature fort belle qu’il avait chez lui et qui allait se trouver dans la rue. Sir William lui promit d’en avoir soin.

En effet, il alla la chercher au moment où les huissiers l’expulsaient de chez monsieur Greville, et bientôt il en devint éperdument amoureux. Il l’emmena en Italie. Je ne sais quel rôle elle joua auprès de lui, mais, au bout de quelques années, il finit par l’épouser. Jusque-là, il semblait la traiter avec une affection paternelle qui convenait à son âge et lui avait permis, jusqu’à un certain point, de la présenter dans le monde peu difficile de l’Italie.

Cette créature, belle comme un ange et qui n’avait jamais pu apprendre à lire et à écrire couramment, avait pourtant l’instinct des arts. Elle profita promptement des avantages que le séjour d’Italie et les goûts du chevalier Hamilton lui procurèrent. Elle devint bonne musicienne, et surtout se créa un talent unique, dont la description paraît niaise, qui pourtant enchantait tous les spectateurs et passionnait les artistes. Je veux parler de ce qu’on appelait les attitudes de lady Hamilton.

Pour satisfaire au goût de son mari, elle était habituellement vêtue d’une tunique blanche ceinte autour de la taille ; ses cheveux flottaient ou étaient relevés par un peigne, mais sans avoir la forme d’une coiffure quelconque. Lorsqu’elle consentait à donner une représentation, elle se munissait de deux ou trois schalls de cachemire, d’une urne, d’une cassolette, d’une lyre, d’un tambour