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LE CHANT DE L’ÉQUIPAGE

Il y a Pointe. Pointe est plus saturé d’alcool qu’un alambic ; ma parole, je n’ose plus allumer ma cigarette à côté de lui. Moreau répète tout le temps la même chose et Bébé-Salé prépare avec ardeur sa troisième attaque d’apoplexie. Vous me direz que je peux aller à Paris, puisque j’ai de l’argent. Bien entendu. Ça ne me vient pas à l’idée. Aujourd’hui j’ai été à Belon. J’ai vu Boutron. C’est un gars qui n’est pas bête, dame non. Il m’a raconté des histoires sur Tahiti et sur la négresse qui habitait ici avec le peintre. Les hommes de ma génération ont un peu perdu le goût des négresses…

― C’est tout nouèr, dit Adrienne.

― Elle n’est pas encore couchée ! hurla Krühl. Donne-moi mon grog et je t’ordonne de disparaître, de te dissoudre dans l’ambiance, de t’amalgamer avec l’escalier en bois et les accessoires sordides de ta chambre à coucher.

― Allez, Adrienne, dit Mme Plœdac.

― C’est un sale temps de cafard, soupira Krühl. Je ne sais plus… je ne sais même plus si je suis fort. Il regarda ses bras et ses mollets.

« C’est pourquoi, maman Plœdac, je vais aller me mettre dans les toiles. Il n’y a rien de neuf sur le journal ?

Krühl monta. Sa chambre donnait sur la mer. Il eut à lutter avec ses contrevents qui claquaient