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LA LANDE ET MARIE DU FAOUËT

bouffées de pipe, une moto-godille pour cet été, ce qui ne m’empêchera pas de me servir de la voile quand j’aurai le vent pour moi.

― Pour une chaloupe comme celle-ci, dit Boutron, y a pas assez de toile. Je vous l’ai toujours dit. À votre place, j’ajouterais une flèche et un tapecul, dame oui.

Bébé-Salé approuva de la tête, et M. Krühl, qui réfléchissait sur cette combinaison, louchait sur le fourneau de sa pipe. Un vol de mouettes lui fit lever la tête et regarder à sa droite dans la direction d’une falaise qui dominait à pic le petit port où la mer montante recouvrait profondément une plage de vase entièrement découverte à marée basse.

Machinalement, il fixait les broussailles qui couronnaient cette falaise, quand son attention fut attirée par un spectacle qu’il indiqua du doigt à ses deux compagnons.

― Voilà un gars, dit Boutron avec calme, qui m’a l’air d’avoir des dispositions pour les équilibres. On me dirait qu’il gagne sa vie avec des acrobaties comme celles-là que je n’en serais pas surpris.

― Je crois que le gars en question est tout simplement en train de se casser la gueule, opina Krühl.

― Oh, s’il se détache, déclara Boutron, comme la mer est haute il en sera quitte pour un plongeon de vingt mètres et un bain froid.